Mis en ligne le 26 avril 2007
Voici quelques extraits de la conférence que Francis Balle, professeur de science politique à l’Université Panthéon-Assas (Paris 2), a donnée le dimanche 11 mars 2007 à Notre-Dame de Paris, dans le cadre des conférences de Carême qui avaient pour thème « la vérité ».
Si vous souhaitez lire l’intégralité du texte de Francis Balle, cliquez ici.
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Communiquer : vérité et médias ?
Les médias nous disent-ils la vérité ? Quelles vérités sommes-nous en droit d’attendre des journaux et des magazines ? Quelles vérités sont-ils capables de nous proposer, qu’ils soient imprimés, diffusés à la radio et à la télévision, ou bien encore accessibles par Internet ?
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Pourquoi ce malaise dans l’information ? Pourquoi ce paradoxe d’une information à la fois omniprésente et inutile, surabondante et trébuchant néanmoins sur l’essentiel ? Sans doute l’information souffre-t-elle de l’hégémonie de la télévision. La presse imprimée semble avoir perdu la partie, comme dépassée, submergée ou subvertie par la télévision qu’elle suit ou qu’elle imite plus souvent qu’elle ne la précède ou la guide. Les journaux imprimés, pourtant, demeurent une terre d’élection pour l’information, après avoir été son lieu de naissance. Sans doute l’information est-elle également trop pressée : l’annonce d’une nouvelle exclusive et inattendue –ce qu’on appelle un « scoop »- prend le pas, parfois, sur d’autres exigences, la rigueur nécessaire, l’indispensable vérification, la précieuse mise en perspective. L’obsession de la vitesse fait courir, il est vrai, les plus grands risques à l’information, produisant sur ses destinataires un effet de sidération, contraire à la réflexion attendue. Sans doute enfin l’information aligne-t-elle ses méthodes, plus qu’il le faudrait, sur celles du divertissement, de la fiction, de la publicité ou des relations publiques, mélangeant ainsi des genres qui gagneraient à demeurer distincts. « Le mélange du vrai et du faux, disait Paul Valéry, est plus faux que le faux »
La suprématie de la télévision, la course de vitesse entre les médias, leur volonté commune de plaire à tout prix : ces menaces ont opportunément rouvert le débat sur la vocation du journaliste. L’évocation de ces menaces, très souvent par les médias d’information eux-mêmes, a sans nul doute affaibli son crédit, comme elle a ébranlé notre confiance à son égard. Elle a dans le même temps permis de donner au journaliste un sens toujours plus élevé de ses responsabilités. L’évocation inlassable de ces écueils qui guettent l’information eut surtout pour mérite de rappeler à tout un chacun que le rôle du journaliste trouve tout son sens, qu’il n’a de sens, que par son adhésion et sa soumission à un idéal de vérité, un idéal évidemment inaccessible, s’imposant néanmoins comme une impérieuse nécessité.
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Le journaliste répond ainsi à chacune de nos curiosités, qu’elles soient du reste nobles ou médiocres. Il doit également répondre, à chaque instant, à notre attente informulée d’objectivité et de vérité. Nous attendons du journaliste qu’il nous relate les faits d’actualité dans leur exactitude ou leur véridicité, qu’il les interprète de façon argumentée et qu’il les commente, le cas échéant, à la lumière de convictions clairement affichées : qu’en d’autres termes certains faits importants de l’actualité, de cette histoire « écrite au présent », ne soient pas occultés ou édulcorés, et que d’autres faits ne soient ni déformés ni grossis, par négligence ou bien au gré d’un parti pris gardé secret.
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L’autorité d’un Raymond Aron ou celle d’un Albert Camus s’enracinait dans ce souci permanent d’exactitude et de sincérité, ce qui les distinguait de leurs détracteurs, dans cette véracité ou cette recherche courageuse de la vérité qui fait pareillement l’honneur – ou la vocation - d’un professeur et celui d’un journaliste, cet honneur qui ne procède de rien d’autre que de l’honnêteté intellectuelle. L’historien et le journaliste savent qu’ils n’accèdent jamais qu’à des vérités partielles, imparfaites, approximatives et provisoires, mais ils veulent, comme ceux auxquels ils s’adressent, que ces vérités ne soient entachées d’aucun esprit partisan, d’aucun esprit de système, d’aucun esprit de certitude, qu’elles soient, en d’autres termes, aussi peu subjectives que possible. Et lorsqu’ils doutent eux-mêmes de leur objectivité, ils n’ont alors d’autre secours, l’un comme l’autre, -le journaliste au même titre que l’historien ou le professeur-, que d’avouer leur propre subjectivité, dans un ultime et indispensable élan d’honnêteté.
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L’information n’a pas d’autre horizon que celui de la vérité.
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Le devoir de vérité a un corollaire : c’est le droit à l’erreur. Toute erreur, une fois établie, doit être avouée et corrigée. Le devoir de vérité a aussi ses limites. Il est des vérités assurément inutiles, et finalement pernicieuses : il serait irresponsable, pour les médias, de flatter ou de cultiver abusivement nos curiosités les plus médiocres. Il est également des vérités qui peuvent être déplaisantes, blessantes ou traumatisantes : elles ne sauraient être proférées sans irrespect pour les personnes auxquelles elles s’adressent. Toute vérité n’est pas bonne à dire : le journaliste, comme les autres, doit obéir avec sagesse et discernement, à la recommandation consistant à ne jamais donner à autrui que la dose de vérité qu’il est capable de supporter. Déroger à cette règle, c’est prendre le risque d’entamer cette confiance réciproque qui est la condition de tout dialogue, de toute volonté de « communiquer » avec autrui.
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Il peut arriver que le journaliste ne remplisse pas sa mission, en démocratie, parce qu’il prétend jouer un rôle qui n’est pas le sien : celui de la Pythie de Delphes, chargée de transmettre les oracles des dieux, plutôt que celui de la vigie, apparemment moins glorieux, chargée de surveiller le large, en observation dans la mâture ou à la proue du navire.
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La liberté des médias est assurément vitale pour nos démocraties : sans elle, les autres libertés sont impossibles, sinon illusoires, qu’elles soient civiles ou politiques, personnelles ou publiques. Mais cette liberté est vaine, elle est une menace pour sa propre existence, chaque fois que les médias, avec notre complicité ou sans elle, par faiblesse ou pour propager leurs propres préjugés, renoncent à chercher la vérité dans les limites qu’impose, très légitimement, le respect des personnes. La liberté est assurément la première des conditions qui rendent possible la recherche de la vérité. Mais la vérité seule, selon Saint Jean, nous « rendra » ou nous « fera » libres.
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Puissent les médias d’information, désormais si présents, devenus si puissants, ne pas oublier leur devoir de vérité, et garder toujours le cap sur leur idéal d’objectivité.
Puissent-ils ne jamais être contraints de renoncer à cet idéal.
Puissions-nous, de notre côté, prendre la mesure des difficultés de leur mission, ne pas les mettre en accusation à tout instant, ne pas nous défausser sur eux de nos propres erreurs ou de nos propres fautes, afin qu’ils puissent, plus librement et par conséquent de façon plus responsable, courir le beau risque de la vérité. Et participer ainsi au combat contre le relativisme et l’intolérance.