Mis en ligne le 24 novembre 2006
Depuis quelques temps, les relations qu’entretient Nicolas Sarkozy avec les médias sont au cœur de l’actualité.
Certains accusent le ministre de l’Intérieur de chercher à les manipuler et/ou de les avoir sous ses ordres.
Le licenciement d’Alain Génestar du magazine Paris-Match et un article récent du Monde ont replacé la relation Sarkozy-médias à la une.
Ainsi, Alain Génestar a affirmé, dans un entretien donné au Monde daté du 17 novembre 2006, que Nicolas Sarkozy est directement responsable de son licenciement.
Le 30 juin 2006, nous avions publié une perle - « Alain Genestar viré de Paris-Match : Lagardère ne fait visiblement pas la chasse aux anti-Sarkozy » - où nous expliquions que si Arnaud Lagardère souhaitait vraiment se débarrasser des anti-Sarkozy, ses regards devaient se tourner vers d’autres magazines de son groupe.
Nous avions aussi publié en octobre 2005 cette autre perle concernant Alain Genestar : « Alain Genestar (Paris Match) & Maurice Szafran (Marianne) : le divorce du naïf et du donneur de leçons ».
Il faut donc probablement percevoir dans les propos récents d’Alain Genestar plus d’amertume qu’autre chose.
En revanche, un autre aspect de la relation de Nicolas Sarkozy aux médias pose problème.
Ainsi, Le Monde a publié une enquête le 8 novembre 2006 sur la politique de communication de l’UMP vis-à-vis des journalistes et de la télévision : L'UMP, productrice de l'image Sarkozy.
Cet article explique comment les communicants de l’UMP ont su imposer une image contrôlée aux télévisions en leur fournissant gratuitement des images préformatées.
Cette enquête nous apprend que, depuis environ un an, la société audiovisuelle ETC (Etudes, techniques et communication) « produit et diffuse les images des meetings du futur candidat ». Grâce à une organisation logistique savamment orchestrée, la société de production dispose de l’exclusivité « du filmage des images de l’entrée en scène » de Nicolas Sarkozy. Elle offre également un point de vue privilégié sur le président de l’UMP et le public. Les cameramen qui souhaitent fournir des images à leur chaîne se retrouvent en difficulté pour exercer leur travail puisqu’ils « sont relégués sur des praticables, de chaque côté de la scène où se tient le candidat ».
Il apparaît donc que les images fournies par l’UMP sont une bonne alternative pour les chaînes de télévision.
Le Monde explique que ces images étaient « initialement [destinées] aux seuls spectateurs des meetings » mais qu’elles sont maintenant utilisées abondamment par les chaînes de télévision.
Les raisons de l’utilisation intensive des images sont multiples : les nouvelles chaînes manquent de moyens, la qualité inégalable des images, leur gratuité et le savoir-faire des équipes de communication de Nicolas Sarkozy.
Le Monde s’interroge sur l’indépendance de l’information en raison de cette mise à disposition d’images « made in UMP ».
Selon Arnaud Boutet, président de la société des journalistes de France 2, « la frontière entre propagande, publicité et journalisme peut être assez fine » tandis que Paul Nahon, directeur de l’information de France 3 reconnaît qu’« il est évident, que nous allons devoir régler ce problème avant que la campagne ne soit trop avancée ».
Toutefois, il est intéressant de noter que l’UMP assume parfaitement son choix de communication et rappelle que les chaînes sont libres d’utiliser ces images ou non.
Notons que ces images « de qualité » produites par l’UMP soulèvent aussi le problème de l’uniformisation des sources d’information. L’acceptation et l’utilisation de ces images par les chaînes encourageront l’UMP - mais peut-être bientôt aussi les autres partis politiques ? - à persévérer ou à suivre dans cette voie.
Les syndicats de journalistes ont peut-être trouvé la parade à ces manipulations médiatiques en suggérant de boycotter les meetings de Nicolas Sarkozy si les journalistes n’ont pas la possibilité d’effecteur leur travail dans de bonnes conditions.
On notera que cette analyse des images préfabriquées de l’UMP a été succinctement traitée dans une dépêche AFP du 9 novembre et dans une brève de Libération du 10 novembre 2006.
Le journalisme politique est-il en train de se muer en journalisme de communication ?
Le Monde, au travers de ces articles, interpelle ses confrères journalistes à ne pas cautionner et entretenir l’influence politique sur les médias. Il est de la responsabilité de chaque professionnel de l’information d’effectuer son travail de manière indépendante. Pour éviter à quelque homme politique de « contrôler le travail des médias », les journalistes ont un devoir éthique : objectivité et indépendance dans la recherche et l’élaboration d’une information.