Mis en ligne le 30 juin 2006
Le patron du magazine Paris-Match, Alain Genestar, vient d’être démis de ses fonctions.
Cette mise à l’écart serait due à la couverture de Paris-Match du 28 août 2005 où l’on voyait la femme de Nicolas Sarkozy, Cécilia, en compagnie de Richard Attias.
De nombreux médias ont critiqué cette décision, considérant que le propriétaire du magazine, le groupe Lagardère, aurait cédé à des pressions émanant de Nicolas Sarkozy, ami proche d’Arnaud Lagardère.
La rédaction de Paris-Match a même parlé de « mise à l’écart pour des raisons politiques ».
Telle n’est pas notre analyse car il nous semble que les arguments développés par le groupe de presse pour se séparer d’Alain Genestar sont pertinents.
En effet, le reproche adressé à l’ex-patron de Paris-Match est de ne pas avoir prévenu sa hiérarchie de la publication à venir de photos sensibles. C’est ainsi qu’un cadre de Lagardère a affirmé dans Libération du samedi 24 juin 2006 que « Genestar a désobéi aux ordres » et qu’« Arnaud [Lagardère] lui avait dit « Tu publies ce que tu veux, mais tu me préviens si tu publies des photos gênantes ou blessantes ». Il ne l'a pas fait. Ce n'est pas du tout une affaire d'allégeance à Sarkozy. Chez Lagardère, la loyauté est la vertu cardinale, et Genestar a rompu la confiance ».
Nous souscrivons entièrement à cette analyse.
De notre côté, nous avions repéré un éditorial d’Alain Genestar du 6 octobre 2005, auquel nous avions consacré une perle, et qui était un hymne à l’autocensure, à la connivence et au corporatisme journalistique.
Il nous apparaît donc que la mise à l’écart d’Alain Genestar n’est ni scandaleuse ni consécutive de pressions politiques car Paris-Match n’est pas le titre du groupe Lagardère le plus anti-Sarkozy.
En effet, après analyse de certains titres du groupe Lagardère, il semble que ce « trophée » soit détenu par le magazine « Elle », qui devrait normalement être un hebdomadaire féminin apolitique.
Pourtant, le magazine « Elle » est devenu une tribune anti-Sarkozy redoutable, doublée d’une vitrine de promotion de la candidature de Ségolène Royal.
Ainsi, en janvier 2006, alors que la candidature de Ségolène Royal commençait à peine à poindre, l’hebdomadaire « Elle » annonçait en première page que 59% des français étaient prêts à voter pour Ségolène Royal. L’analyse plus fine des résultats qui étaient en pages intérieures nous apprenait que seulement 16% des personnes interrogées voteraient certainement pour elle tandis que 43% affirmaient qu’elles lui apporteraient peut-être leur suffrage
Qu’attend donc Arnaud Lagardère pour effectuer sa présumée censure politique au sein de ce magazine féminin ?
Pour vous permettre d’apprécier l’engagement de « Elle » contre l’actuel ministre de l’Intérieur, nous vous renvoyons vers « Duel Villepin - Sarkozy : Arnaud Lagardère aurait-il choisi son camp? » que nous avions publié le 2 septembre 2005 et qui nous avait amené à penser que l’amitié qui lie Nicolas Sarkozy et Arnaud Lagardère battait de l’aile (lire surtout les extraits du test proposé par le magazine féminin : « Etes-vous au bord d‘une céciliade ? »).
En toute transparence, précisons que nous n’entretenons aucun lien particulier avec le groupe Lagardère. Nous l’avons d’ailleurs souvent critiqué au sein de Media-Ratings, et encore très récemment pour l’éventuel délit d’initié dont il aurait bénéficié dans le cadre de la cession de ses actions EADS.
De même, rappelons que le président de Media-Ratings, Philippe Karsenty, ne peut être soupçonné de la moindre indulgence à l’égard de Nicolas Sarkozy puisqu’il était candidat face à lui aux élections législatives de juin 2002.