Mis en ligne le 30 mai 2006
L’affaire Clearstream est confuse car les déclarations de certains protagonistes se contredisent.
Le secret de l’instruction est régulièrement violé et cela gêne ceux qui souhaiteraient oublier cette affaire qui nous a permis d’apprendre que Dominique de Villepin a menti à de nombreuses reprises, la preuve définitive en ayant été apportée par les fameux carnets de notes du général Philippe Rondot.
Si vous en doutez, lisez cet excellent article que Le Monde a publié le 22 mai 2006 : L'objectif du général Rondot : "Protéger D de V"
Dans toute république non bananière, le premier ministre aurait dû démissionner. Pas en France où quelques médias peuvent alerter le public sur les agissements de responsables politiques sans que cela affecte leur parcours car les contrepouvoirs n’existent (ou ne fonctionnent) pas. Ainsi, un homme politique convaincu de mensonge peut poursuivre sa carrière sans aucun problème. C’est ainsi que Renaud Donnedieu de Vabres a pu se maintenir en place alors qu’il a menti à un député dans une réponse écrite à l’Assemblée Nationale. C’est aussi ainsi que Philippe Douste-Blazy n’a pas été obligé de quitter son poste après ses récentes frasques marocaines.
Toutefois, si l’affaire Clearstream ne permet pas de nettoyer la vie politique française de menteurs invétérés, elle permettra peut-être de connaître la vérité sur certaines affaires qu’a eu à traiter le général Philippe Rondot.
La libération des otages français en Irak
Lors des négociations pour libérer les otages français en Irak, le nom du général Philippe Rondot est souvent apparu, de nombreux médias ayant affirmé qu’il avait été un acteur important des tractations avec les terroristes qui détenaient les journalistes français.
Or, si le général Rondot a bien tenu ses carnets pendant cette période, il est possible que les juges y aient trouvé des informations précises sur les éventuelles rançons qui ont pu être remises aux ravisseurs irakiens.
Etrangement, on constate que le Times vient de révéler que la libération des otages français en Irak a donné lieu au versement de fortes rançons : 10 millions de dollars pour Florence Aubenas et 15 millions de dollars pour MM. Chesnot et Malbrunot.
De son côté, le Times a dit s'appuyer sur des documents détenus par des « responsables de la sécurité à Bagdad », mais il est évident que si ces révélations ont été extraites des fameux carnets du général, le journal anglais aura cherché à brouiller les pistes pour ne pas éveiller de soupçon sur sa source.
Quoi qu’il en soit, on attend avec impatience les éventuelles révélations que livreront les carnets de Philippe Rondot sur les opérations clandestines auxquelles il a participé.
S’ils sont correctement lus et analysés, nul doute que de nombreux pans de la diplomatie secrète française vont apparaître au grand jour.
Y apprendrons-nous des éléments sur les détentions (et libérations) des otages français au Moyen-Orient ? Sur les rançons qui ont été versées ? Sur les éventuelles rétro-rançons ? Sur les incohérences du récit de Florence Aubenas ?
France 2 toujours au garde-à-vous
Le mardi 23 mai 2006, Dominique de Villepin était interrogé sur France 2 par Gilles Leclerc lors de l’émission Question Ouverte sur France 2.
La première partie de l’émission a permis au premier ministre de réaliser son opération de communication - montée avec EADS qui le lui devait bien ? - destinée à détourner les regards de l’affaire Clearstream.
Au bout de la 7ème minute, Gilles Leclerc s’est autorisé pendant trois minutes à aborder l’affaire avec beaucoup de tact. Ainsi, au lieu de questionner directement Dominique de Villepin sur ses mensonges répétés, le journaliste de France 2 a préféré s’intéresser aux émotions du premier ministre et lui demander : « Comment vous vivez cette période ? »
Le premier ministre lui a alors répondu qu’il n’était « pas dupe » et qu’il voyait qu’on voulait « l’impliquer dans une affaire politique ».
N’importe quel journaliste digne de ce nom, dans une démocratie digne de ce nom, aurait alors interrompu Dominique de Villepin pour lui rappeler son implication directe et ses mensonges.
Non, pas en France, et pas sur France 2 où le journaliste a interrompu le premier ministre, qui n’en attendait pas tant, pour lui dire : « Vous êtes un peu une victime».
Dominique de Villepin est alors parti dans ses longues tirades dont il a le secret.
Notons que Gilles Leclerc a tout de même tenté de mettre le premier ministre en face d’une de ses contradictions. M. de Villepin l’a balayé d’une phrase et le journaliste, trop effrayé de sa propre audace, n’a pas osé poursuivre.
Gilles Leclerc n’a fait ni mieux, ni pire que ses confrères français en ne poussant pas Dominique de Villepin dans ses retranchements.
Il serait peut-être bien que nos journalistes fassent des stages dans des pays aussi démocratiques que le Royaume-Uni, les Etats-Unis ou l’Italie (même sous Berlusconi) pour observer comment un journaliste peut, et doit, questionner, sans concessions, un homme politique.
Villepin est-il botoxé ?
Etonnamment, aucun média ne s’est étonné des modifications physiques apparues sur le visage de Dominique de Villepin lors de son passage sur France 2.
Pourtant, son visage semble avoir changé, ses rides se sont effacées et les expressions de son visage se sont figées. Après consultation, il semblerait que le premier ministre ait eu recours à des substances artificielles destinées à gommer certaines de ses rides.
Si vous n’avez pas constaté ces changements ou si vous en doutez, nous vous invitons à observer attentivement le générique de l’émission Question Ouverte où Dominique de Villepin apparaît, et de les comparer à celles, forcément plus récentes, de l’émission.
Ces changements sont anecdotiques mais rappelons que lorsque Jacques Chirac avait chaussé de nouvelles lunettes après son accident vasculaire cérébral, les médias avaient largement commenté cette information. De même, les médias français ont de nombreuses fois ironisé sur la chirurgie esthétique (lifting et implants capillaires) qu’avait subi Silvio Berlusconi.
Il n’en est que plus étonnant de constater qu’aucun de nos médias ne s’est intéressé aux retouches esthétiques que Dominique de Villepin semble avoir opéré sur son visage.
Jean-Louis Gergorin est-il un corbeau émissaire ?
Depuis plusieurs semaines, les médias ont concentré leurs soupçons sur Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud.
De son côté, Jean-Louis Gergorin a admis avoir remis des listings informatiques au juge Van Ruymbecke.
Or, même si MM. Lahoud et Gergorin apparaissent dans cette affaire, ils ne semblent pas avoir agi dans leur intérêt personnel.
Il reste donc à savoir qui était leur donneur d’ordre et quel était l’objectif du manipulateur.
Il faudrait donc analyser et chercher à comprendre à qui aurait pu profiter le «crime ».
Qui aurait pu avoir intérêt à discréditer Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Alain Madelin, ou Jean-Pierre Chevènement ?
Attendons donc calmement que le corbeau lâche son commanditaire.
En tout état de cause, si la « chasse au corbeau » devait s’arrêter à MM. Gergorin et Lahoud, on pourra dire que les lampistes ont payé pour d’autres et que lorsque « le juge montre la lune, l’imbécile regarde le doigt » !
Pour conclure sur le corbeau, rappelons qu’à la base de cette affaire Clearstream, il y a la vente des frégates de Taiwan (en 1991) et les commissions (et rétro commissions) occultes auxquelles cette vente a donné lieu.
Depuis plus de 15 ans, le secret défense est opposé à tous ceux qui veulent savoir où est allé cet argent et, certaines personnes ayant cherché à en savoir plus sur cette affaire sont mortes de façon étrange.
Il serait bien que soit prise en compte la proposition pleine de bon sens qui a été faite, notamment par Alain Madelin et Arnaud Montebourg : si l’on veut que cette affaire Clearstream soit éclaircie, il faut lever le secret défense sur ces commissions (900 millions d’euros) et sur leurs bénéficiaires.
Conclusion
L’affaire Clearstream permet d’observer l’impunité de certains politiques et l’absence de contrepouvoirs face à la toute puissance du président de la République. Il semblerait donc qu’une réforme des institutions ou un rééquilibrage des pouvoirs soient nécessaires.
Toutefois, si cela ne devait pas se produire à brève échéance, ce qui est probable, la parade que pourrait imaginer les électeurs français en 2007 serait de provoquer une nouvelle cohabitation. Ainsi, ils éliraient un président, de droite ou de gauche, dont les pouvoirs exorbitants seraient contrebalancés par ceux d’une Assemblée et d’un premier ministre d’un autre camp que le sien.