Mis en ligne le 18 novembre 2005
Depuis le 27 octobre 2005, les banlieues françaises sont secouées par des émeutes qui ont provoqué de nombreuses dégradations, physiques et matérielles.
Une fois de plus, certains médias ont délibérément choisi d’orienter la couverture de ces événements de façon idéologique.
L’impact des pouvoirs publics sur les médias français
Depuis que les émeutes ont commencé, le gouvernement français a décidé de se servir des médias pour pacifier les banlieues et faire croire que les choses se sont calmées. L’exemple le plus révélateur de cette tentative de prise de contrôle des médias est la conférence de presse qui a été donnée par le porte-parole du gouvernement français, Jean-François Copé, au Centre d’Accueil de la Presse Etrangère le lundi 14 novembre 2005 et à laquelle étaient invités les correspondants de la presse étrangère.
En effet, les autorités françaises ont globalement réussi à faire en sorte que les médias nationaux diffusent ce qu’elles jugeaient acceptable, et surtout ne diffusent pas ce qu'elles estimaient susceptible de mettre le feu aux poudres. Toutefois, dans ce dispositif de quasi censure, mais aussi d’autocensure, les médias étrangers n’ont pas « joué le jeu » et ont continué à informer de façon convenable : oui les banlieues françaises sont en feu !
La minimisation des faits ou leur occultation
Contrairement à ce que certains médias ont laissé entendre, de nombreuses banlieues françaises sont en état insurrectionnel. Et ce, depuis bien plus longtemps qu’ils ne veulent bien l’admettre. En effet, le fait que 50 à 100 voitures brûlent chaque nuit en France « en temps normal » aurait déjà dû interpeller les médias. La soudaine poussée de fièvre commencée à la fin octobre 2005 n’a été que l’accélérateur du phénomène.
Le plus bel exemple de cet aveuglement médiatique est l’information qui a été diffusée le jeudi 17 novembre au 13h de France 2 lorsque la présentatrice, Elise Lucet, a annoncé que la situation était redevenue normale dans les banlieues françaises puisque « seulement » 98 voitures avaient été brûlées la nuit précédente.
100 voitures brûlées en une nuit, « c’est normal ! » pour France 2.
De même, alors que les médias diffusent quasiment quotidiennement le décompte, et surtout le total, des morts américains en Irak, pourquoi les médias français se sont-ils abstenus d’en faire de même avec les voitures brûlées et les représentants des forces de l’ordre blessés en France ?
Pourquoi ne pas avoir informé le public des pièges, dignes des plus actives guérillas, qui sont tendus aux policiers et aux pompiers ? On allume le feu, on se place en embuscade et ensuite on caillasse, on tire sur les pompiers venus éteindre le feu, puis sur les policiers venus les secourir.
Pourquoi Paul Nahon, directeur de l’information de France 3, a-t-il choisi de ne plus donner le nombre de voitures brûlées dans la nuit ? Croit-il qu’en cassant le thermomètre, il fera baisser la température ?
Pourquoi les médias ont-ils décidé d'apaiser plutôt que d'informer ?
Plus généralement, pourquoi l’AFP a cherché à disjoindre certains événements des émeutes qui ont frappé certaines banlieues ?
Pourquoi ne pas avoir informé le grand public de la sollicitude et de la proposition d’aide de Mouammar Kadhafi ainsi que de son appel téléphonique à Jacques Chirac ? Le public français aurait été certainement ravi d’apprendre que le président français a rassuré son homologue libyen et l’a remercié pour l’intérêt qu’il portait à ces événements.
La forme au service de l'idéologie de l'apaisement
La formulation des articles de presse ou des énoncés produits par les médias audiovisuels a aussi eu pour effet de minimiser, voire nier la réalité. Ainsi l’utilisation répétée des formes passives a permis de ne pas nommer les fauteurs de troubles et d’adoucir les propos. « Un lycée a été incendié » plutôt que « des émeutiers ont incendié un lycée » rendait-elle l’information plus acceptable ? De la même manière, d’aucuns s’opposent délibérément à ce qu’il soit fait référence à l’origine ethnique, ou la confession religieuse, des émeutiers alors que bien souvent ils la revendiquent ; la majeure partie des médias préférant la formule plus neutre de « jeunes », stigmatisant une classe d’age toute entière.
Dans un grand quotidien du matin, lorsque les termes utilisés ne sont pas conformes au « politiquement correct », des censeurs autoproclamés vont même jusqu’à expurger impunément les articles rendus par les journalistes dépêchés sur place.
La minimisation du rôle de l'islam dans ces violences
Pourquoi avoir minimisé le rôle de l’islam dans ces émeutes ?
Les émeutiers ont bien souvent lancé des slogans qui faisaient appel à la symbolique islamique : « C’est l’Intifada », « On est à Jérusalem », ou encore « Allah Ouakbar ».
De la même façon, pourquoi avoir ignoré ou dissimulé les incendies de lieux de culte catholiques et juifs qui ont eu lieu au cours de ces violences ?
Pourquoi les médias ne nous ont pas informé de la « discrimination positive » que les émeutiers ont exercée en faveur des commerces et voitures identifiés comme musulmans (avec, par exemple, un signe distinctif au plafonnier) en les épargnant ?
Pourquoi avoir falsifié les messages des émeutiers comme l’a fait Canal + dans son Vrai Journal, choisissant de sous-titrer « Sarkozy fasciste » une scène au cours de laquelle Nicolas Sarkozy était traité de « sale juif » ?
Vous en doutez ?
La diabolisation de Nicolas Sarkozy
Pourquoi France 2 (encore elle !) a-t-elle manipulé les propos de Nicolas Sarkozy pour faire croire qu’il avait traité spontanément de « racailles » ceux qui venaient de le caillasser lors d’une de ses visites en banlieue ? Le visionnage de la cassette avant montage a prouvé que le ministre de l’Intérieur n’avait fait que reprendre les termes d’une femme qui venait de l’interpeller par la fenêtre d’un immeuble.
Malgré l’impact dévastateur des propos rapportés par France 2, la chaîne n’a pas corrigé la fausse impression donnée par les images diffusées au 20h.
La chaîne porte donc une lourde responsabilité dans l’amplification des émeutes.
Qui va la sanctionner ? Le CSA ?
Des médias absents du terrain
Pourquoi le quotidien Libération n’a pas envoyé de correspondant sur place dans la première semaine ? Cela a même provoqué une crise interne au journal.
Avaient-ils besoin de fixeurs comme en Irak ?
Craignaient-ils d’être pris en otage ?
Cela rappelle le rôle désinformateur de l’AFP dans l’affaire de la fausse agression du RER D de juillet 2004. L’AFP avait « révélé » cette information. L’ensemble des médias l’avait reprise et ne s’était pas rendu sur le terrain pour enquêter. Il s’était avéré que l’agression était une mise en scène mais tous les autres médias avaient diffusé servilement et bêtement l’information « créée » par l’AFP.
Le discrédit du service public d'information
Comment expliquer que le premier ministre, Dominique de Villepin, ait préféré s’exprimer sur TF1 pour annoncer le couvre-feu ?
Peut-être est-ce en raison du discrédit du service public d’information.
A moins que cela ne soit dû à la faible audience du journal de la chaîne publique, conséquence directe de la médiocrité de sa production ?
Toutes les questions n'ont pas été posées
Pourquoi ne pas avoir révélé que l’armée était déjà en action ? La gendarmerie en fait partie et les réservistes rappelés sont bien des militaires.
Pourquoi les médias ne nous ont-ils pas expliqué le calme qui règne à Marseille ? Ou plutôt, pourquoi nous ont-ils inventé des raisons absurdes alors que la réalité était simple : les caïds et trafiquants locaux ont gentiment demandé aux potentiels émeutiers de ne pas mettre le feu pour éviter l’intervention des forces de l’ordre afin de ne pas mettre en péril leurs fructueux trafics.
Pourquoi aucun média (à l’exception notable d’Ivan Rioufol dans Le Figaro) n’a-t-il osé dire que les violences urbaines sont, entre autres, le résultat de la faillite du fameux modèle social français ?
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En conclusion de cette analyse, ne négligeons pas la responsabilité importante de la majeure partie des médias français qui ont contribué à incendier les esprits des jeunes musulmans français en diffusant depuis de nombreuses années de fausses informations sur les événements qui se déroulent au Proche-Orient ; la plus symptomatique étant la diffusion du faux reportage de France 2 le 30 septembre 2000. Il est ainsi amusant de constater que la France qui, par l’intermédiaire de ses médias d’Etat a joué les pyromanes dans le monde entier, en vienne maintenant à se plaindre du retour de flamme qui allume ses banlieues.
Enfin, et pour tordre le coup au mythe qui voudrait que les images de voitures brûlées à la télévision encouragent d’autres voyous à en faire de même : cela fait des années que 100 voitures brûlent chaque nuit en France. Ces feux n’ont pas été encouragés par les images diffusées à la télévision puisqu’elles n’apparaissaient pas sur les écrans. En revanche, cela a permis à la classe politique française, dans son ensemble, de ne pas avoir à supporter la pression de l’opinion face à ces agissements, et ainsi de négliger ce problème.
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Nous vous recommandons par ailleurs vivement la lecture de deux articles parus ce vendredi 18 novembre 2005 :
- Ce que révèlent ces émeutes de Daniel Schneidermann dans Libération.
- Les responsables du désastre d’Ivan Rioufol dans Le Figaro.
Signalons aussi au passage la sortie du livre de l’éditorialiste du Figaro :
« Chronique d’une résistance – Le bloc notes, chroniques 2003-2004 »